11-11-2009
Japon Des lunettes pour lire en japonais ce qu'un étranger dit en anglais

«No fever» (pas de fièvre), explique un patient américain  à un médecin japonais qui ne saisit pas un mot d'anglais. «Wakarimashita» (j'ai compris), répond-il pourtant quasi instantanément, après avoir lu la traduction projetée sur son œil.

Le groupe d'électronique et de systèmes informatiques japonais NEC a conçu un système visuel et sonore de traduction instantanée anglais-japonais (et réciproquement), reposant sur un petit boîtier portable associé à des lunettes (fabriquées par son compatriote Brother), qui projettent une image sur la rétine.

Avec ce prototype, il devient possible de converser dans sa langue maternelle et de façon presque fluide avec un interlocuteur étranger, notamment dans des situations exceptionnelles exigeant une compréhension mutuelle immédiate (visite médicale, démarches administratives, etc.).

Parler avec n'importe qui, n'importe quand, n'importe où
«Nous travaillons depuis une dizaine d'années sur les outils de traduction automatique simultanée», rappelle Kotaro Nagahama, responsable du suivi de développement de produits de NEC.

L'ambition du groupe de concevoir des interprètes électroniques remonte plus loin encore, à 1977, lorsque le visionnaire président de l'époque, Koji Kobayashi, a lancé le concept «C&C : fusion de l'ordinateur (computer) et de la communication». «Au début du 21e siècle, il sera possible de parler avec n'importe qui, n'importe quand, n'importe où, en se voyant», même à distance, déclara-t-il alors.

Mais pour ce faire, la première barrière à franchir est celle de la langue. La difficulté réside dans le fait qu'idéalement un système automatique de reconnaissance vocale et traduction instantanée doit être multilocuteur (n'importe qui peut d'emblée s'en servir, sans apprentissage mutuel préalable) et intégrer un vocabulaire très varié.

Or dans la pratique, il est plus simple de réaliser des dispositifs monolocuteurs (le logiciel apprend à reconnaître la voix et les intonations d'une personne) ou bien, dans le cas d'un outil multilocuteur, de réduire le dictionnaire à quelques dizaines ou centaines de mots-clefs.

NEC, qui initialement avait conçu un logiciel multilocuteur étendu tournant sur un ordinateur, est parvenu par la suite à le loger dans un assistant numérique personnel, une étape qui exigea entre autres le développement de puces plus performantes et la compression des dictionnaires et autres fichiers de données nécessaires.

Le nec plus ultra
Les lunettes pour leur part, initialement imaginées en 2005 par Brother pour une démonstration à l'Exposition universelle d'Aichi (centre du Japon), permettent un usage plus naturel du système en continuant de regarder l'interlocuteur.

Elles ressemblent à de traditionnelles montures, dont l'une des branches est équipée d'un petit projecteur alimenté en contenu par l'assistant numérique. Le porteur voit ainsi d'un côté se superposer à la vue réelle un rectangle dans lequel s'affiche la traduction.

NEC a aussi développé un outil appelé Tele Scouteur qui permet à un ouvrier d'usine sur une chaîne d'assemblage de fabriquer un appareil en ayant sous un œil le mode d'emploi, sans avoir à tourner la tête pour regarder les instructions sur un écran voisin.

Ces lunettes, qui se marieraient à merveille avec un téléphone portable, peuvent trouver moult autres applications dans le domaine dit de la «réalité augmentée» : des informations écrites viendraient ainsi se superposer sur une scène observée.

Grâce à ce dispositif, un touriste pourrait par exemple savoir que tel immeuble de Tokyo abrite au dernier étage un restaurant de sushi, même s'il ne peut le voir de la rue et ne comprend rien aux enseignes en japonais.