03-07-2011

Equipements publics

La difficile lutte contre les «cités-dortoirs»

La capitale devra livrer 120 000 appartements d'ici à la fin 2014. Dans beaucoup de chantiers de construction, la priorité est accordée à la réalisation de logements aux dépens des structures d'accompagnement comme les écoles, les dispensaires et les marchés. Au rythme où vont les choses, la wilaya risque de multiplier les «cités-dortoirs» à travers les communes de la banlieue.

C'est un constat : chaque fois que la wilaya livre un programme de logements neufs, les habitants se retrouvent aussitôt devant le fait accompli. Exception faite des appartements et quelques aires de jeux pour enfants, les nouvelles cités, généralement implantées dans les communes de la banlieue ouest de la capitale, sont dépourvues des structures d'accompagnement.

Elles méritent d'être taxées de «cités-dortoirs». On ne retrouvait en effet ni établissements scolaires, ni dispensaires, ni marchés. La voie était ainsi libre à l'anarchie dont la forme la plus visible est le marché informel. Pourtant, tous ces équipements publics sont prévus dans les plans d'aménagement et de développement urbain.

Il y a eu des situations graves où les familles n'avaient même accès à l'eau potable, à l'électricité et au gaz de ville. Pour s'approvisionner en denrées alimentaires, il fallait se rendre dans les anciens quartiers, quand les vendeurs forains faisaient défaut. Même chose pour se procurer de l'eau et du gaz butane. Pour l'école, à chaque rentrée scolaire, les élèves sont aussi obligés de se déplacer dans les localités environnantes.

Leurs parents font des pieds et des mains, afin d'obtenir de leur nouvelle APC d'attache à ce que leurs enfants soient transportés, doublement pénalisés par l'éloignement des établissements et l'insécurité régnant sur les routes désertes. La population subit à ce jour les conséquences du manque de coordination et d'imagination dans la création des nouveaux centres urbains.

A contrario, les anciens habitants se voient mis à l’écart surtout devant les guichets de l'APC et de la poste. La construction d'écoles, de centres de soins et de marchés de proximité ne se fait qu'après l'occupation des nouveaux quartiers, précisément quand les résidents commencent à se faire menaçant à l'égard des autorités locales qu'ils accusent d'ailleurs d'avoir la vue courte.

Le cas le plus édifiant reste celui de l'APC d'Alger-Centre qui, en 2006, a transféré des familles du cœur de la première ville du pays vers la lointaine localité de Sidi Abdellah, isolée et complètement dépourvue des conditions de vie les plus élémentaires. Il n'y avait même pas d'école primaire ! Ce relogement à la va-vite avait  fait couler beaucoup d'encre à l'époque.

Les autorités semblent toutefois avoir tiré des leçons de cette situation des plus pénalisantes pour les nouveaux locataires. En fait, en mars 2010, à l'occasion de la mise en œuvre du programme portant éradication progressive de l'habitat précaire en milieu urbain, les autorités s'arrangeaient d'abord à caser les élèves avant de procéder à toute opération de relogement.

La recherche d'une chaise et d'une table disponibles dans un établissement n'a pas été facile du moment que le nombre des personnes déplacées du centre-ville de la capitale vers la banlieue était considérable. Il avoisine les 60 000 âmes. Bien entendu, la wilaya jetait son dévolu sur les établissements déjà disponibles dans les communes d'accueil.

Aussi, à la rentrée scolaire de septembre dernier, il a été constaté que les écoles de Birtouta par exemple recevait jusqu'à 55 élèves par classe alors que le ministère de l'Education nationale se bat depuis des années pour faire baisser le nombre d'élèves par classe à 30.

C'était une solution provisoire, à Birtouta comme à Tessala El Merdja. La commune de Birtouta a été choisie pour l'implantation d'un projet de 1680 logements publics de type social-locatif. Cette cité a été occupée au cours de l'année dernière par des familles venant de Bab El Oued, d'El Harrach et d'El Madania entre autres.

Les locataires arrivaient au fur et à mesure, mais le chantier de l'école primaire se trouvant au milieu de la cité avançait à pas de tortue. Il était clair dès le départ pour tout le monde que l'établissement n'allait pas ouvrir ses portes de sitôt.

Le gouvernement sensibilisé
Faisant mercredi dernier le bilan du plan de relogement de 2010, à l'occasion de la deuxième session annuelle de l'APW, le wali en a tiré satisfaction. «Tous les élèves ont retrouvé l'école, le directeur du logement est là pour en témoigner», a déclaré Mohamed Kébir Addou devant les élus. Reconnaissant implicitement cette réalité – indisponibilité des structures d'accompagnement parallèlement à l'occupation des nouveaux quartiers –, M. Addou en explique les origines.

«Quand on veut lancer un projet d'école, de CEM ou de lycée, on découvre souvent que le terrain qui doit l'accueillir est utilisé par l'entreprise chargée de la construction des logements en y installant sa base de vie.

C'est pour cela qu'on est obligé d'attendre la levée du chantier pour commencer la construction des autres équipements», explique-t-il. M. Addou révèle aux membres de l'APW que ce problème a été posé en 2006, en haut lieu, à l'occasion de la rencontre nationale qui a regroupé les walis et le gouvernement.

Cette rencontre s'est renouvelée dernièrement, cinq ans plus tard. «Le gouvernement nous a finalement donné raison», annonce-t-il. Selon lui, lors de la dernière rencontre wali-gouvernement, il a été décidé que la réalisation des écoles primaires, CEM et lycées soit confiée à l'entreprise chargée de la construction des logements. Soit d'une pierre deux coups.

Il reste à formuler cette proposition pratique sous forme de texte de loi. Cette démarche devra permettre à la wilaya de lutter efficacement contre les «cités-dortoirs» qui gagnent de ampleur. La capitale s'attend à la distribution de 120 000 logements d'ici à la fin 2014 avec comme objectif d'absorber toute la demande actuelle brute qui est de 108 000 dossiers.

Pour faire vite, en plus des 68 000 unités qui sont actuellement en chantier, il est question d'installer les chantiers de pas moins de 45 000 nouvelles unités avant la fin de cette année, sous la responsabilité du ministère de l'Urbanisme qui est en train de négocier avec des entreprises étrangères la réalisation de ce quota suivant la formule de gré à gré.

Cette course contre la montre risque d'amener les autorités à tracer des priorités dans leurs plans d'action, privilégiant peut-être la réception des logements par rapport aux autres équipements. Mais il est important de mettre à l'aise les nouveaux locataires. Cela fera l'économie de la contestation.

D. Ch.