13-12-2011

Point net

Le berger et la bergère

Abdelaziz Belkhadem n'est sûrement pas ce qui se fait de mieux en matière d'hommes politiques, mais on ne peut pas lui faire l'outrage de dire qu'il n'est pas assez lucide pour savoir que la candidature d'Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat présidentiel est très peu probable.

Mais il prend ses devants sur un terrain où il sait pertinemment que ses détracteurs n'oseront pas le suivre. Car on ne peut pas lui faire l'injure, non plus, de ne pas savoir se protéger. Il y a quelques années, alors qu'on le poussait vers la porte de la direction du FLN, il a eu cette réaction fulgurante de cynisme : je ne démissionnerai pas de mon poste

de… chef du gouvernement ! A l'époque, il savait que ses détracteurs ne pouvaient pas se tirer une balle dans la jambe en poussant la fronde plus loin contre quelqu'un qui venait de revenir en grâce, tout comme il savait que tant qu'il est à la tête du gouvernement, (ils) ne pouvaient espérer le feu vert, voire le coup de pouce, déterminant, pour l'accompagner à la porte de sortie.

Ce n'est pas tout à fait la même chose aujourd'hui, mais cela procède de la même «philosophie». Abdelaziz Belkhadem sait toujours avec quelle armature se protéger, même si, dans sa tête, il s'agit cette fois-ci de gagner du temps. Un temps précieux qui lui permettra de s'accrocher jusqu'au terme de la mandature présidentielle. D'ici là, il aura toute la latitude de se refaire une santé par l'arrosoir des législatives et des locales essentiellement.

Et il ne pouvait pas mieux commencer qu'en tentant de réparer dans l'urgence, ce qu'il a dû considérer a posteriori comme une bourde monumentale : la suggestion, même en des termes très sibyllins, de son ambition présidentielle, qui aura manifestement embarrassé «partenaires et adversaires» comme on dit dans le foot. Il n'avait d'ailleurs pas tort, puisque c'est précisément sur ce terrain-là que ses adversaires de redresseurs l'attendaient pour sortir la grosse artillerie. Ecoutons Salah Goudjil, le leader moral des redresseurs : «il reste un long chemin avant 2014…

Avant l'échéance en question, les militants du FLN doivent d'abord s'investir dans les rendez-vous électoraux, les législatives, les locales et la nouvelle constitution». Et il n'avait même pas besoin de préciser que ces «rendez-vous» devaient se dérouler sans Belkhadem, tout le monde l'aura compris. La réponse du berger à la bergère.

laouarisliman@gmail.com