29
Lun, Mai

International
Typography

Le Temps d’Algérie : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution réclamant l'arrêt des colonies en Palestine. Est-ce un triomphe diplomatique pour le peuple palestinien ?


Pierre Stambul : Un triomphe, non. Un petit coin de ciel bleu dans un horizon bouché oui. Fondamentalent, rien ne changera sur le terrain tant qu'Israël ne sera pas sanctionné. Et on en est hélas encore très loin. Sur le point de perdre le pouvoir avec la défaite du parti démocrate, Obama se rend compte de tout ce qu'il n'a pas fait. Mais c'est un peu tard. Obama est arrivé au pouvoir au moment du massacre de «Plomb Durci» à Ghaza. C'est en 2009 qu'il aurait fallu voter ce genre de résolution et cesser d'armer Israël. Et c'est tout le contraire qui s'est produit. Les vetos américains se sont succédé pour protéger l'occupant et ses crimes de guerre. Ils ont permis deux autres grands massacres à Ghaza. Obama a donné 3 milliards de dollars à Netanyahou pour qu'il reconstitue ses munitions. Et juste avant la fin de son mandat, il a autorisé un chèque de 38 milliards de dollars d'aide militaire à Israël sur 10 ans.
Le vote du Conseil de Sécurité signifie juste à Israël, et ce n'est pas mince, le message suivant : «Nous ne reconnaîtrons pas un effacement de la Palestine de la carte et une annexion de la plus grande partie de la Cisjordanie». ça, c'est une victoire.


Israël a précisé qu'elle n'appliquerait pas cette résolution. Quelle serait, donc, son utilité ?

Bien sûr. Nétanyahou sait qu'il sera soutenu par Trump. La nomination du nouvel ambassadeur en Israël annonce des changements capitaux dans la politique américaine : l'abandon des paroles hypocrites parlant de «processus de paix», de «solution à deux Etats». Avec Trump, on va arriver très vite à une reconnaissance officielle de l'annexion de Jérusalem et de l'irréversibilité de la colonisation. L'intérêt du vote du Conseil de Sécurité, c'est qu'il annonce à Trump un isolement diplomatique (pour l'instant) des Etats-Unis sur cette position.

Il y a nombre d'autres résolutions de l'ONU non respectées par Israël. En quoi la récente résolution pourrait se distinguer ?

L'ONU, depuis le départ, a eu un comportement très coupable contre le peuple palestinien. La partition de la Palestine en 1947 était une ignominie. De quel droit ? Imaginez que l'ONU ait voté en 1962 la partition de l'Algérie du genre : «Constantine et Oran deviennent indépendants mais la France garde Alger et le Sahara». C'est un non-sens semblable qui a eu lieu. L'ONU est responsable de la moitié de la Nakba puisque la quasi-totalité des 400 000 Palestiniens qui habitaient dans le territoire défini par l'ONU comme devant devenir un Etat juif ont été expulsés entre le jour de la partition et le 15 mai 1948, début officiel de la guerre.
Plus tard, l'ONU vote la résolution 194 sur le retour des réfugiés palestiniens chez eux. Immédiatement, les Israéliens détruisent des centaines de villages palestiniens et interdisent ce retour. Que fait l'ONU ? Elle admet Israël en son sein malgré ce viol évident du droit international et crée l'Unrwa. Dans toute son histoire, Israël a pu constater qu'elle pouvait tout se permettre, il n'y aurait jamais de sanctions. En 1967, l'ONU vote l'évacuation des territoires occupés (résolution 242). Réaction d'Israël : le début d'une colonisation qui ne s'est jamais démentie : 12% de la population juive israélienne vit au-delà de la ligne verte, la frontière internationalement reconnue. Et le monde n'a rien fait. Il a laissé depuis 70 ans les Palestiniens être expulsés, enfermés, massacrés, humiliés. Franchement, si vous étiez Nétanyahou, y aurait-il un intérêt quelconque à changer de politique ?

Les Américains n'ont pas opposé le veto pour empêcher le vote de la résolution. Est-ce une première dans la politique des Etats-Unis envers la Palestine?

Non, c'est un geste désespéré d'Obama qui est sincèrement affolé sur tous les plans par ce que Trump s'apprête à faire. Mais Obama porte une lourde responsabilité. Après le discours du Caire (2009), il aurait pu arrêter les fous furieux au pouvoir en Israël et il ne l'a pas fait. Deux fois dans l'histoire, les Etats-Unis ont sanctionné Israël et les deux fois, ils ont obtenu satisfaction. En 1957, les Etats-Unis ont voté à l'ONU l'évacuation du Sinaï que les Israéliens venaient de conquérir et ceux-ci ont été obligés de s'exécuter. En 1991, Georges Bush (père) rêvait de remodeler le Proche-Orient avec la chute de l'Urss mais le gouvernement israélien de Yitzhak Shamir refusait de négocier. Bush a menacé de ne pas cautionner le prêt israélien pour l'émigration des juifs soviétiques. Le gouvernement Shamir est tombé. Donc, on peut sanctionner efficacement Israël. Ce qui vient de se passer n'est hélas pas une sanction.

M. A.