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Lun, Mai

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Au moment où l’on s'attendait à ce que les entreprises nationales et privées, exerçant dans le secteur du BTP, perçoivent une partie de leurs créances impayées, prévues avant la fin du mois en cours, le ministre de l'Habitat, Abdelmadjid Tebboune, charge le ministère des Finances et le CPA, qu’il accuse d’être des facteurs bloquants.

 

Les pouvoirs publics reconnaissent désormais que le secteur du bâtiment vit une crise financière, en dépit des assurances selon lesquelles une telle crise était loin de paralyser le secteur du BTP. En effet, plusieurs chantiers de projets de réalisation de logements de différentes formules sont à l'arrêt complet ou partiel, au niveau du territoire national, faute de liquidités. Les créances impayées ont atteint 1,2 milliard de dollars, et les entreprises chargées de la réalisation ont menacé d'abandonner les chantiers. Face à cette situation, Tebboune sort un nouvel argument pour justifier les retards de paiement, en imputant l’entière responsabilité au ministère des Finances et au CPA. A l'issue d'une «réunion de crise» avec l'ensemble des cadres du secteur, consacrée à l'évaluation des projets en cours de réalisation, le taux d'avancement des chantiers AADL, LPP et les entraves à la livraison des projets dans les délais impartis, Tebboune a assuré que le défaut de financement «a hypothéqué la livraison d'environ 350.000 logements, dont 164.812 toutes formules confondues nécessitent un aménagement extérieur, tandis que pour 185.000 autres unités, le taux d'avancement avoisine 60%». Le ministre reproche au CPA «le non-respect des accords signés» pour le financement des différentes formules de logements (AADL, LPP). Le CPA a «cessé de le faire depuis cinq mois, prétextant des problèmes de liquidités». Le gouvernement avait décidé de payer une partie des 130 milliards de dinars de dettes au profit de ces promoteurs, après que les banques CPA et CNEP eurent refusé d’honorer les factures, en raison de problèmes d'argent. Des centaines de milliers de souscripteurs de différents types de logements publics, et le collectif d’entrepreneurs, qui réclame le paiement de leurs créances depuis 2011 (600 milliards de centimes), ont engagé des actions de protestation devant le siège du ministère et devant la direction générale de l'AADL. Tebboune a préféré rejeter la balle dans le camp du ministre des Finances et du CPA. A ce propos, nous avons tenté d'avoir plus de précision au niveau du ministère des Finances ainsi qu’auprès de la direction générale du CPA, mais les responsables ont refusé de communiquer et de polémiquer sur ces questions. Le gouvernement avait précédemment décidé d'exonérer, provisoirement, ces entreprises d'impôts et de taxes, jusqu'à ce que l'Etat puisse payer les factures. Une mesure décidée par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, suite à sa rencontre avec le président du FCE, Ali Haddad. Il s'agit d'exonération de cotisations sociales sur les salaires, car le reste (soit la majorité) des taxes et impôts ne sera réglé qu'après le paiement des factures. Abdelmalek Sellal avait auparavant reconnu, lors de sa visite de travail et d'inspection dans la wilaya de Médéa, le 29 avril dernier, qu'il était impossible pour l'État de poursuivre la réalisation de logements au rythme actuel. «Le budget des États-Unis ne nous suffirait pas pour poursuivre la réalisation de logements au rythme actuel», avait-il déclaré, reconnaissant que la politique du logement du gouvernement était intenable. Un aveu signifiant que le secteur de l'habitat était dans une phase critique et qu'il faisait face à une véritable crise financière. Le logement étant considéré comme un facteur de paix sociale, Sellal avait proposé comme solution l'implication des promoteurs privés dans la politique du gouvernement.

Fella Hamici