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Lun, Mai

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La question des impayés des entreprises du secteur de l'habitat risque de prendre des proportions alarmantes dès lors que le maître d'ouvrage, le ministère de l'Habitat, avoue son impuissance à prendre en charge cette question.

Cette crise qui couve depuis plus de deux ans, c'est-à-dire depuis la chute spectaculaire des prix du pétrole, met à nu toutes les déclarations rassurantes tenues aussi bien par le premier ministre Abdelmalek Sellal que le ministre de l'habitat Abdelmadjid Tebboune. En effet, il y a moins d'une année, le gouvernement avait écarté tout gel ou abandon de projets de construction de logements, assurant que l'Etat ne reniera pas son engagement vis-à-vis de ce secteur stratégique qui fait travailler près de 1 million de personnes et contribue directement à la croissance économique du pays. Mais force est de constater aujourd'hui que ce discours n'a pas été suivi, les différents chantiers lancés dans le cadre du plan quinquennal 2014-2019 connaissant des retards énormes. Et lorsque des projets sont livrés officiellement, ils ne sont pas réellement finalisés. Pour le cas des logements, il manque toujours les VRD (voiries et réseaux divers), l'alimentation en eau potable, le gaz ou l'électricité. Le ministère de l'Habitat et de l'Urbanisme avait même remis des clés à des bénéficiaires sans que ces derniers puissent jouir totalement de leurs biens. Ceci est justifié par le fait que l'Etat voulait juste rétablir la confiance perdue chez les souscripteurs, car certains attendaient un toit depuis 15 ans. Il se trouve que l'attente dans ce genre de situation peut durer un an, voire plus. Loin d'accabler le département de Abdelmadjid Tebboune, la situation dans laquelle patauge actuellement le secteur du bâtiment inquiète et interpelle les pouvoirs publics à agir dans l'immédiat avant qu'il ne soit trop tard. Le marasme régnant dans le domaine de la construction et des travaux publics est tel que les entrepreneurs menacent carrément d'aller vers une grève de la faim, après avoir épuisé toutes les démarches de dialogue et de négociations avec les autorités en charge de cette problématique. Les promoteurs chargés de réaliser les programmes de logements publics (LSP, AADL, LPP et sociaux) se disent incapables de poursuivre la réalisation de leurs projets, en raison des retards de paiement de leurs créances.
Réunis hier avec les responsables de l'Algérienne des Réalisations et Construction du Centre (ALRECC), les entrepreneurs rentrent chez eux angoissés avec la certitude que la promesse d'être payés avant le mois sacré ne sera pas honorée. Le seul moyen de se faire entendre est le recours à la grève de la faim.

Des projets éternels

Outre cette crise du bâtiment qui pénalise tout le monde, il y a lieu aussi de signaler le phénomène des projets inachevés qui prend de l'ampleur ces dernières années. Il s'agit de nombreuses constructions abandonnées au vu et au su de tout le monde à travers le territoire national. Des marchés couverts, des logements, des sièges administratifs, des routes et des ponts suspendus entamés pour certains depuis 20 ans, sans qu'ils ne soient finalisés et livrés. Ces lieux sont devenus aujourd'hui des espaces de non- droit squattés par des bandes de criminels et des délinquants. Que ce soit à Alger, Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira ou Oran, le constat est le même. Des structures en béton édifiées depuis plusieurs années sont restées à l'état de carcasses, portant atteinte à l'esthétique de la ville et de l'environnement. Elles posent un réel problème de sécurité pour la collectivité. Aucune autorité ne s'inquiète et ne s'intéresse à ce dossier d'importance cruciale au moment où l'Etat fait face à la pénurie de terrains pour différents projets. A titre d'exemple, on peut citer le cas de la commune d'El Harrach, autrefois la plus grande zone d'activité économique en Algérie. En plus des usines coloniales fermées et en état de délabrement intenable, des projets immobiliers érigés à Bourouba sont restés au stade des fondations depuis 1990, alors que la crise du logement qui frappe cette localité est presque une fatalité avec l'existence de plusieurs bidonvilles où les populations vivent à l'état primitif. L'absence de contrôle voire même la démission des autorités de la wilaya font que ce genre de situation existe à travers tout le territoire national. L'argument le plus fallacieux et condamnable à tous points de vue quant à ces retards dans la livraison des différents projets est celui de dire aux citoyens que le dossier est «litigieux et entre les mains de la justice». Pour ce type de justifications, on peut facilement attendre 30 ans pour voir une affaire résolue. C'est un véritable gâchis pour le pays qui aspire aujourd'hui à améliorer l'espace urbain et l'attractivité de son économie.

Farouk B.