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Ven, Jan

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Le recueil de nouvelles «La femme de pierre» de Slimane Saadoun, paru en 1989 en Algérie, vient d'être réédité aux éditions Numidie.

Le premier travail littéraire écrit et publié par Slimane Saadoun traite de la condition de la femme dans une société en proie à la tradition qui établit un ordre social encourageant l'avilissement et l'humiliation de la femme. Dans la première partie de ce recueil intitulée Au nom de ma mère, l'auteur raconte différents destins de femmes subissant l'indifférence du mâle qui ne se contente pas de ne pas la considérer à sa juste valeur, mais l'écrase au nom d'un ordre social qui est considéré comme un patrimoine ancestral qu'il faut non seulement préserver mais transmettre. À travers ses nouvelles, l'auteur sait choisir ses «victimes». Aicha, Ouardia et Assia occupent chacune un rôle principal dans les trois premières nouvelles. La première n'a pas pu empêcher sa famille de la marier de force au premier prétendant malgré l'amour qu'elle porte dans son cœur au garçon le plus instruit du village, Akli. Aicha se révolte. Elle refuse de partager le lit avec ce mari qui lui a été imposé. Elle subit la colère et les coups de son mari. Elle résiste, puis un soir, elle prend la fuite et rejoint la maison de son père. Mais le mari, blessé dans son orgueil, opte pour la punition suprême. Il a décidé de ne pas lui accorder le divorce, pour qu'elle ne se marie plus. La deuxième femme, Ouardia, qui menait la belle vie avec son époux, ne s'en remettra jamais après avoir été répudiée et laissé ses deux enfants. Lors d'une dispute à laquelle sa belle-mère et ses belles-sœurs ont pris part, l'époux doux et attentionné s'emporte et prononce le mot destructeur des foyers. Comme le veut la tradition, une fois que le mari répudie sa femme et qu'il a prononcé la sentence " «talaq» (divorce)trois fois de suite, le malheur s'installe et s'inscrit dans la durée. Le mari regrette ce qu'il a dit et ne peut rien y faire. Le mot est dit, donc, il doit être appliqué. Ouardia revient chez son père où elle vit ses jours les plus sombres. Elle est l'affront de la famille. Elle perd la raison.

«La femme, c'est comme la pierre»

La troisième femme s'appelle Assia. Mère et esclave de famille exemplaire. Mais personne ne se rend compte de ses efforts jusqu'à ce qu'elle décide de ne rien faire. De ne plus se réveiller le matin pour préparer à ses enfants et à son mari le petit déjeuner. Pour d'autres nouvelles, l'auteur traite de la bureaucratie, l'arrivisme, l'égoïsme etc. Slimane Saadoun a publié en 2003 un roman Le puits des anges chez l'harmattan en France. Quant au choix du titre, il a déclaré lors d'un café littéraire organisé récemment par l'association Les amis du livre à Haizer, que c'est de la symbolique de la pierre qui subit les malheurs et ne réagit pas. De plus, la femme, comme la pierre, c'est une mémoire. Elle aide à reconstituer le passé. Elle joue un rôle de transmission dans toute société.

Ali Cherarak