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Ven, Jan

Cinéma
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Lyès Salem est l'un des réalisateurs algériens les plus talentueux actuellement. Il s'est fait connaître avec, notamment, ses deux longs métrages Mascarade et L'Oranais. Présent à Béjaïa dans le cadre des Rencontres cinématographiques de cette ville, pour présenter En face, un court métrage de Jérémie Guez, il a bien voulu répondre à nos questions.

 

Le Temps d'Algérie : Vous êtes à Béjaïa pour la présentation du film En face de Jérémie Guez, qui raconte le rejet du migrant et sans papiers de manière complètement différente de ce qu'on voyait avant. Qu'est-ce qui vous a le plus convaincu à jouer ce rôle ?

Lyès Salem : Ce qui m'intéressait dans ce film, c'est qu'il ne repose pas seulement sur une simple histoire de racisme. L'acteur principal est passé par cette case de sans papiers. Lui-même a été migrant, il a réussi à concevoir quelque chose en Europe et tout d'un coup, il se sent mis en danger par deux personnes qui arrivent du même endroit que lui, et certainement de la même manière que lui. Cela, par le vecteur de sa fille, par le migrant qui commence à la draguer. Cela l'a replongé dans une situation qu'il connaît bien. Cela m'a plu. Le film raconte aussi une histoire sociale. L'acteur principal était au chômage, une situation qui commence à peser sur lui et il se met à chercher un boulot. Donc, il se sent en danger pour différentes raisons. Cela l'a poussé à commettre le crime.

Acteur et réalisateur de vos propres œuvres cinématographiques, vous jouez également dans d'autres films. Est-ce que cela est facile gérer ?

Je ne sais pas si on peut dire facile. Mais cela m'intéresse toujours de jouer avec des réalisateurs qui ont un autre univers, d'autres choses à dire et de mettre ce que je suis, ma personne à leur service. C'est une chose qui m'apporte. Ce n'est ni facile ni difficile. Cela dépend de la communication aussi. L'enjeu est que par endroit, il y a un langage commun entre l'acteur et le réalisateur.

Ces dernières années, il y a de jeunes réalisateurs algériens qui font de très beaux films algériens, dont vous faites partie. Est-ce que cela peut permettre de rêver d'un nouveau du cinéma algérien ?

Oui, on peut l'espérer, mais pour faire cela, il faut beaucoup de choses en parallèle. Nous avons besoin qu'il y ait un cinéma algérien, de la même manière qu'il existe un cinéma français, un cinéma italien etc. La différence entre nous et les autres pays qui ont des cinémas avec label, c'est que les auteurs de ces pays s'autoalimentent. Nous, on n’est pas capables pour plusieurs raisons politiques et économiques. Avoir un cinéma algérien, c'est compliqué. Produire des films ne suffira pas pour faire un cinéma algérien. Tant qu'il n’y a pas de vraies écoles de formations de tous les métiers de cinéma, un réseau de distribution, des salles, mais aussi une politique d'enseignement qui intègre cet art à l'école, on ne pourra pas parler de cinéma algérien. Cela dit, il y a des réalisateurs algériens qui ont la chance d'avoir un pied ailleurs, dont je fais partie. Cela nous permet de trouver des financements pour faire des films ici. Je pense que le cinéma algérien, c'est comme l'Algérie en entier. Il a besoin de temps pour se construire. Le cinéma et l'art algérien vont s'épanouir totalement une fois que notre pays se sera mis clairement sur la voie de l'émancipation. Le jour où on aura une éducation algérienne, un système de santé algérien, une industrie algérienne, ce jour-là, notre pays aura un art algérien.

Avez-vous de nouveaux projets ?

Tout ce que je peux vous dire, c'est que je suis en phase d'écriture…

A. I.