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Ven, Jan

Cinéma
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Alors que des films se trouvant en Algérie périssent et disparaissent dans les tiroirs de différentes administrations en Algérie, dans des conditions lamentables, Mihoubi veut récupérer plus d'une centaine de films, pourtant bien conservés en Europe.

 

Le colloque international d'Alger intitulé «La mémoire des films : préserver le patrimoine cinématographique» a commencé dans la matinée d'hier à la Bibliothèque nationale d'El-Hamma, à Alger. Malgré la thématique intéressante du colloque, une présence très mitigée des professionnels du secteur a été constatée sur place. La salle où se déroule l'événement, à la Bibliothèque nationale, était à peine à moitié remplie durant toute la matinée d'hier. Le coup d'envoi a été donné par le ministre de la Culture, Azeddine Mihoubi. Celui-ci a insisté, dans son allocution d'ouverture, sur la nécessité de préserver le patrimoine filmique algérien, dont environ 150 copies de négatifs de films sont à l'étranger. Interpellé au sujet de savoir si l'Algérie dispose d'institutions ou d'organismes à même de préserver ces films qu'ils comptent récupérer, le ministre de la Culture esquive savamment de répondre à notre question. Même attitude curieuse de la part d'Ahmed Bedjaoui, président du comité scientifique de ce colloque. Ce dernier sursaute à notre question sur ce sujet et crie que «si nous n'avons pas d'endroits où préserver ces films, c'est à nous de les créer».

Des professionnels déçus

Celui-ci nous tourne vite le dos pour aller raconter un discours à l'eau de rose pour les médias publics. Un discours à mille lieux de la réalité très amère du secteur. Quelques professionnels algériens venus dans la journée d'hier à ce colloque sont restés ahuris devant les déclarations des responsables algériens, totalement «à côté de la plaque». «Je ne sais pas comment ils réfléchissent. Des centaines de films qui se trouvent en Algérie ont complètement disparu. Aucune trace. Personne ne sait où ils sont, et personne ne se casse la tête pour les chercher et les préserver. Les responsables comptent encore ramener les films qui sont bien préservés à l'étranger pour bien en finir avec cette mémoire filmique. C'est complètement absurde ce qu'ils sont en train de faire. Qu'ils récupèrent d'abord ceux qui sont en Algérie et les sauvegardent d'une disparition certaine, puis ils vont récupérer ceux qui se trouvent à l'étranger, qui sont bien conservés. Avant qu'ils ne les récupèrent, qu'ils créent d'abord des institutions pour bien les conserver. Former du personnel pour gérer ces lieux», déclare un professionnel algérien du cinéma interrogé par le Temps d'Algérie. Celui-ci regrette presque d'avoir perdu une demi-journée de son temps pour venir écouter les éternels discours de voeux pieux.

Bricolage

Le directeur des Archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, convié à ce colloque en tant que simple invité et non participant, a prononcé un discours affligeant qui met à nu la politique du bricolage du ministère de la Culture. Celui-ci avoue que pendant ses 15 années passées à la tête de cette institution, jamais il n'a été sollicité, même pas pour un moindre service ni par la cinémathèque, ni par aucune autre institution dans la volonté de faire un travail pour la préservation du patrimoine filmique algérien. «Je trouve ça très grave !», déclare-t-il devant les applaudissements des participants. Celui-ci invite tous les responsables algériens du secteur à une réunion pour discuter sérieusement des moyens de sauver les films algériens d'une disparition certaine.

Arezki Ibersiene