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Sam, Mar

Théâtre
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Dans le cadre des rencontres intitulées Conjonction organisées par le Théâtre national Algérien (TNA) et consacrées au lien entre le Roman et le théâtre, une conférence à été donnée hier par Nadjib Stambouli. En marge de cette rencontre, l'écrivain et critique de théâtre a accepté de répondre à nos questions.

A votre avis, pourquoi il n'y a pas de connexion entre la littérature algérienne contemporaine et le théâtre ?
En réalité, il n'y a aucune raison pour qu'il y ait un lien organique entre ces deux univers différents. Mais ces deux univers appartiennent tout les deux au même monde de la création. Un écrivain de romans obéit aux règles littéraires de la littérature et de la construction romanesque, et un auteur dramatique obéit à d'autres critères, totalement différentes. Ce sont deux univers différents. Que des écrivains soient présents dans l'univers théâtral, ils sont les bienvenus, mais ce n'est pas une obligation. Ça peut être un devoir intellectuel. C'est une bonne chose que des écrivains fréquentent le monde du théâtre et du spectacle, mais ce n'est pas la fin du monde s'ils ne le font pas.

Actuellement, le monde du théâtre vit une crise de texte. Pourquoi les metteurs en scène n'adaptent pas des romans de la nouvelle génération d'écrivains qui font succès ?
En réalité, il y a des textes en jachère. Mais le problème d'absence de texte n'est pas en réalité du tout nouveau. On a l'impression que c'est un nouveau problème, mais ces questions, on se les posait au début des années 1980 déjà. Mais à l'époque, il y avait l'adaptation du répertoire universel et, grâce à ça, il y a eu des pièces de théâtre qui ont été montées dans un registre très vaste. Il y avait des pièces américaines, européennes et autres. Quand on dit qu'il y a un manque de texte, il faut savoir que personne n'a de solution. Ce n'est pas avec une décision politique, ou en finançant des gens qu'on fabrique des pièces. Ce n'est pas quelque chose qu'on fabrique. C'est connu, même dans le passé. Il y a eu des expériences à l'époque qui ont réussi, tel Benguettaf qui été à la base comédien. Il y a des pièces algériennes écrites par des algériens, tel Kateb Yacine, Alloula ou Rouiched ou montées par des théâtres régionaux et qui peuvent nourrir l'activité théâtrale algérien et qui peuvent être montées à nouveau ou adaptée ou laissées telles qu'elles. Le jour où il y aura de nouveaux auteurs dramatiques, il y aura de nouvelles pièces, mais pour le moment, on ne peut que se lamenter.

Mais pourquoi il y a eu ce recul à votre avis ?
Personnellement, cela fait 15 ans que je ne vais plus au théâtre. Normalement je ne devrais pas m'exprimer sur la situation du théâtre, mais il me semble que l'intrusion de l'arabe littéraire a fait fuir le public. Si le théâtre avait son public en Algérie. Des gens venaient des quartiers populaires et les théâtres affichaient complets durant des mois, et pas seulement durant les générales comme c'est le cas aujourd'hui. C'était grâce au langage populaire qu'on utilisait dans les textes. C'est la langue que comprend le peuple. Aujourd'hui, des metteurs en scènes montent des pièces en arabe classique littéraire, avec une arrière pensée, rien que pour se faire programmer dans les pays du Golfe. Ils sont en train de détruire à jamais le théâtre algérien ! Parce que, quand on fait fuir le théâtre, c'est facile de le faire fuir en 5 ans maximum, mais pour le faire revenir, il faut des décennies. Pour cela, il faut partir sur de bonnes bases. Par nature, il faut essayer d'être optimiste, mais à la seule condition d'avoir à l'esprit que le théâtre ne peut pas exister sans le public, et qu'il n'y aura pas de public sans le langage qu'il comprend, et qui est l'arabe populaire. C'est le langage qu'il comprend. L'arabe classique est un langage merveilleux, mais on n'a qu'à voir ce qui se passe ailleurs, par exemple en Egypte ou au Liban. Il y a un théâtre très riche dans ces pays, mais ce n'est pas en arabe classique qu'ils le font. C'est ce qui a été le cas du théâtre algérien à une certaine période.


Entretien réalisé
par Arezki Ibersiene