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Dim, Avr

Editorial
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Il n’y aura donc pas d'impôt sur la fortune. La faute à nos valeureux députés siégeant à l'auguste  commission des finances et du budget de l'Assemblée populaire nationale (APN) qui l'ont retoqué dans les temps morts…


 Le projet du gouvernement qui a fait sourire certains mais donné quelques motifs d'espoir à d'autres, a tourné court. Les élus des partis majoritaires qui contrôlent la puissante commission ont jugé «inutile» ce projet de taxer les fortunes au prétexte que sa mise en application serait «impossible faute d'une législation fiscale moderne et de mécanisme d'évaluation de la fortune». La situation est assez cocasse. Le fait est très curieux puisque ce sont des représentants du peuple qui volent au secours du gouvernement !
Sans doute que le Premier ministre n'est pas spécialement animé d'une bonne volonté de faire payer les riches, mais a juste voulu réussir un grand coup médiatique -et politique surtout- en proposant cet impôt très populaire sous d'autres latitudes. Ne voilà -t-il pas que les honorables députés censés défendre la cause du peuple qui les a propulsés au parlement l'ont spectaculairement sauvé en décrétant l'infortuné impôt…impropre à la consommation des riches. Les membres de la commission des finances de l'APN ont raté une belle occasion de se taire. Ils ont confirmé l'image peu flatteuse collée au député dans notre pays ; c'est-à-dire celle d'un élu à la solde du gouvernement. C'est dommage. On savait que l'Assemblée était une chambre d'enregistrement et que les parlements successifs étaient des caisses de résonnance de l'exécutif. Mais tout de même…
Aller jusqu'à censurer un projet du gouvernement visant à instituer un impôt sur les fortunes a quelque chose d'immoral. C'est carrément en un gouvernement parallèle que s'était transformé cette fameuse commission des finances ayant décrété la mesure non recevable.
Pourtant, cet impôt aurait pu ne serait-ce que symboliquement, redonner un peu de confiance au peuple. Surtout que le Premier ministre a bien mentionné dans son exposé des motifs que la mesure visait à instaurer une «justice sociale», en faisant payer un peu les riches qui ont gagné tant d'argent. Hélas, même ce petit geste presque anecdotique dans les faits, ne passera pas ! Le message envoyé au peuple est une abomination politique. Non, les riches  ne payeront pas, ce sont les pauvres qui le feront et ça restera ainsi !
La politique étant l'art du possible, les députés qui «peuplent» la commission des finances se sont rendus coupables sur ce coup-là, d'un forfait en bonne et due forme. Le Premier ministre peut, à loisir, arguer qu'il avait proposé de taxer les fortunes mais que les députés sont souverains. Dans la forme, il a tout à fait raison de s'en laver les mains. Sauf que ces députés sont issus de son parti et du FLN qui sont majoritaires au sein de la commission. D'où la question qui coule de source : Ya-t-il eu un savant partage des rôles dans cette histoire entre l'exécutif et le législatif ? Au premier le beau rôle du justicier, et aux députés le sale boulot de plaider contre le peuple d'en bas? La réponse est dans la question. Cette sulfureuse affaire qui tombe comme un cheveu sur la soupe en pleine campagne électorale, rappelle au mauvais souvenir, l'alliance entre le FLN, le RND et le MSP qui avait introduit un amendement à la loi des Finances 2010 légalisant l'importation de la friperie dont les barons étaient issus de ces partis. Messieurs les députés concernés, au nom du peuple qui vous a élus, vous avez trahi votre mandat en supprimant l'impôt d'infortune !

 


Par Hassan Moali