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Mer, Mar

Editorial
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Farouk Ksentini a parlé. Même trop parlé. La présidence a démenti. Catégoriquement. Objet de la polémique : un prétendu tête-à-tête entre le célèbre avocat et le président de la République. Résultat immédiat, les Algériens ayant les yeux rivés sur le double scrutin de jeudi prochain, sont totalement désorientés. Et pour cause ! Il y’ a un invité surprise qui a quelque peu gâché la fête et brouillé les pistes. On est face à ce qui s'apparente à un mensonge de haut vol. Comment, diable, un homme de loi  de cette envergure puisse-t-il se rendre coupable d'une telle ineptie ? Quelle mouche a donc piqué  Farouk Ksentini pour se donner ainsi en spectacle, lui qui est connu pour être un homme mesuré qui ne prend jamais de risques ? Mystère et boule de gomme.


Cette sortie médiatique a logiquement donné du grain à moudre à des médias à l'affût du moindre indice créditant telle ou telle hypothèse qui s'élaborent et s'entrechoquent dans les salons Algérois. A sa décharge, l'avocat a arraché l'opinion de sa douce oisiveté en ayant tourné le dos au spectacle affligeant d'une campagne électorale au ton monocorde et sans relief tant ses préoccupations sont ailleurs. Mais cela ne décrypte pas l'énigme de la vraie fausse rencontre de Ksentini avec le Président. Le communiqué de la présidence est formel : celle-ci n'a pas eu lieu tout simplement.  L'avocat lui, soutient mordicus qu'il a bel et bien été reçu par le chef de l'Etat. C'est un micmac très Algérien qui remet une couche supplémentaire à l'épais brouillard qui enveloppe notre pays, suspendu malgré lui à la présidentielle de 2019. Quoi qu'il en soit, cette histoire est une très mauvaise publicité pour les scrutins de jeudi prochain. Avec son embardée, Farouk Ksentini aura parasité le débat politique en le portant plus haut alors même que les officiels tentent de découpler les deux échéances en invitant les acteurs politiques à éviter de s'épancher sur le rendez-vous décisif de 2019. Mais est-il le fautif dans cette affaire ? Quels que soient les calculs et les arrière-pensées,  le coup est mal parti. Comme si nous étions à court de polémiques pour lancer un tel pavé dans la marre qui va, on s'en doute, provoquer des dommages collatéraux et des interprétations qui autorisent tous les scénarios possibles et imaginables. Certains parleront d'un ballon de sonde, d'autres péroreront sur la lutte des clans…
Il y’ a décidément de la bonne matière servie à chaud pour tirer des plans sur la comète algérienne plus que jamais insaisissable. Et le citoyen-électeur dans tout cela ? C'est la bonne question que tout ce beau monde semble ignorer. En faisant croire que les jeux sont faits, on lui demande sans le vouloir de rester chez lui jeudi prochain. C'est un peu comme se tirer une balle dans le pied à travers cette opération de disqualification d'un scrutin au profit d'un autre. Plus généralement, la teneur de cet entretien (?) pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Pourquoi Farouk Ksentini serait-il le parfait confident du président pour lui déclarer qu'il était partant pour 2019 ?
Mais surtout, pourquoi a-t-il jugé utile d'en parler publiquement à supposer que cette rencontre ait bien eu lieu ? A -t-il été sommé de le faire ? Par qui ? Il y’ a clairement de la manipulation dans l'air. Il faut dire que le contexte est propice aux grandes manœuvres.
L'hypothèse d'un cinquième mandat n'est plus une hérésie politique, d'autant que la Constitution n'interdit pas à l'actuel Président de rempiler. Ahmed Ouyahia a peut être lâché le fin mot l'autre jour en déclarant qu'il soutenait Abdelaziz Bouteflika «en tant que Président et en tant que candidat». Qui sait, peut-être que l'Oracle a été rendu et que Ksentini a juste violé le secret.   

Par Hassan Moali