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Ven, Jan

Culture
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Il était parmi les fondateurs du groupe Aouchem

Une semaine après la disparition de Salah Hioun, le peintre Choukri Mesli nous quitte, laissant derrière lui des œuvres d'une grande valeur.

Choukri Mesli, l'un des pionniers de la peinture moderne algérienne et parmi les fondateurs du style Aouchem est mort ce dimanche 12 novembre dans un hôpital en France. Mesli, qui est né le 8 novembre 1931 à Tlemcen, a vécu dès son enfance dans un environnement culturel et artistique puisqu'il vivait dans une famille d'intellectuels et de musiciens. Lors de l'arrivée de sa famille à Alger en 1947, les portes d'une carrière dans les arts plastiques allaient s'ouvrir pour le petit artiste qui commençait déjà à réaliser ses premiers dessins. Son inscription à l'école des Beaux arts d'Alger est suivie par la chance d'avoir comme professeur le grand miniaturiste Mohamed Racim. Alors qu'il n'avait que 19 ans, Mesli, qui maîtrisait aussi bien la langue française que le pinceau, participe à la création de la revue «Soleil», au mouvement des idées d'émancipation diffusées autour du journal Alger républicain et fonde le «Groupe 51» avec de jeunes poètes et peintres dont Kateb Yacine et M'hamed Issiakhem. La même année ( 1951), il expose ses tableaux au Salon des orientalistes. Alors qu'il est toujours élève à l'école des Beaux-arts, il organise en 1953, une exposition de la jeune peinture algérienne avec Sauveur Galliéro et Louis Nallard et il obtint le premier prix de la ville d'Alger. L'année suivante, il rejoint l'École des beaux-arts de Paris pour parfaire ses connaissances. En 1955, il réalisa sa première exposition individuelle dans la capitale française. Pour soutenir la révolution algérienne, Mesli participe à la grève des étudiants décidée par le FLN en renonçant à toute exposition. De 1958 à 1960, il retourna à l'École des beaux-arts et de ce fait il devient le premier Algérien à obtenir un diplôme supérieur en arts plastiques. De 1960 à 1962, il s'installa au Maroc et y travailla comme professeur de dessin.

Infatigable
Dès l'indépendance de l'Algérie, Mesli devient professeur à l'École des beaux-arts d'Alger et il passa membre fondateur de l'Union nationale des arts plastiques (UNAP). Il participa à plusieurs expositions en Algérie et à l'étranger, notamment celle des «Peintres algériens» et au Musée des arts décoratifs de Paris. En 1967, Choukri Mesli participa avec Denis Martinez à la création du groupe «Aouchem» (Tatouage) dont il organisa la première exposition. En 1969, le commissariat du Festival panafricain d'Alger nomma Mesli en tant que responsable des expositions d'arts plastiques. Alors qu'il donna des cours à l'école des Beaux-arts, l'artiste participa à la deuxième exposition du groupe «Aouchem» en 1971. Ce groupe d'artistes, qui a créé Aouchem, a laissé ses traces et ses adeptes, notamment parmi les élèves de l'école des Beaux-arts. Malgré le succès et la reconnaissance des critiques et de ses pairs, Choukri Mesli – étant bien connu de par sa modestie – en voulant davantage se former il décida d'aller aux Etats-Unis en 1982 où il fera une tournée le menant à New York, San Francisco, Atlanta et Washington où il exposa aux côtés d'artistes peintres africains. Cet artiste infatigable multipliera les expositions et réalisera des fresques dans plusieurs quartiers d'Alger. Pendant la décennie noire, alors qu'il fut menacé, Mesli, qui voyait ses amis intellectuels assassinés les uns après les autres, décida de s'installer à Paris en 1993. Il participera en France à plusieurs expositions et en 2014, le centre culturel algérien de Paris lui consacra une rétrospective de ses œuvres sur papier. Feu Mesli, qui a connu tous les styles de la miniature à l'abstrait, restera parmi les créateurs du Signe, bien qu'il n'en fera plus.


Bari Stambouli