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Lun, Mai

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Historique. Après 50 ans de guerre sans merci, le gouvernement colombien et la guérilla des Farc ont signé jeudi à La Havane un accord sur un cessez-le-feu définitif et le désarmement de la rébellion.

«Aujourd'hui est un jour historique pour notre pays (...). Nous avons mis un point final au conflit armé avec les Farc», s'est réjoui le président colombien Juan Manuel Santos après avoir serré la main du chef suprême des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), Timoleon Jimenez alias Timochenko, sous le regard de plusieurs chefs d'Etat et du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. «Cela signifie la fin des Farc en tant que groupe armé», a souligné Santos. «Puisse ce jour être le dernier de la guerre», a espéré de son côté le dirigeant des Farc. L'accord final de paix sera signé en Colombie, dans les prochaines semaines.
Les guérilleros seront regroupés dans 22 zones de démobilisation, où s'effectuera l'abandon des armes sous la supervision de l'ONU. Le texte établit les modalités de l'abandon des armes, fixe des garanties de sécurité pour les ex-guérilleros et sur «la lutte contre les organisations criminelles». Les 7000 combattants de cette guérilla issue en 1964 d'une insurrection paysanne seront placés dans 23 zones de démobilisation et huit campements et devront remettre leurs armes aux membres d'une mission des Nations unies dépêchée en Colombie une fois la paix signée. Le désarmement devra être mené à bien dans les 180 jours suivant la signature de l'accord de paix final. Cet annonce sans précédent permet d'envisager pour bientôt la fin du plus vieux conflit d'Amérique latine, qui a fait depuis 52 ans au moins 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.
L'accord est même allé au-delà de ce qui était attendu, avec l'annonce surprise d'une avancée décisive sur la question de la ratification du futur accord de paix, dernier volet à résoudre dans le cadre des pourparlers menés depuis trois ans et demi à Cuba sous l'égide de Cuba et de la Norvège. Les parties se sont accordées pour respecter la décision de la Cour constitutionnelle colombienne, saisie fin mai d'une proposition de référendum par le gouvernement et qui doit se prononcer dans les prochains jours. Le président Santos avait estimé plus tôt cette semaine que le dialogue de paix pourrait parvenir à sa conclusion le 20 juillet, fête nationale en Colombie. «Tout ne sera pas rose et il faudra sûrement lutter pour l'application totale de ce qui a été conclu», a prédit le chef des Farc, reconnaissant que les portes étaient «ouvertes pour signer l'accord final dans un délai assez bref». Interrogé par l'AFP, l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre, qui préside le Conseil de sécurité pour ce mois de juin, s'est déclaré «frappé par la qualité et la force de l'engagement» pris jeudi. «Je suis heureux de cette bonne nouvelle, (...) après tant de sang versé», a réagi de son côté le pape François à bord de l'avion qui l'emmenait pour un voyage en Arménie, disant souhaiter que «les pays qui ont travaillé pour faire la paix et en sont les garants blindent cet accord» pour ne pas revenir «vers un état de guerre».
La Maison blanche a elle aussi salué «un progrès important» vers la paix, rappelant que «des défis demeurent au moment où les deux parties continuent de négocier un accord de paix définitif». Si cette paix était prochainement conclue avec les Farc, cela ne signifierait pas pour autant la fin du conflit en Colombie, où la seconde guérilla du pays, l'Armée de libération nationale (ELN), et les bandes criminelles principalement issues d'anciens groupes paramilitaires continuent de défier le gouvernement.
En tout cas, l'accord a suscité de l'espoir chez les Colombiens.
A Bogota, notamment, où l'annonce a été accueillie avec émotion et incrédulité. Plusieurs centaines de personnes munies de ballons, fleurs et calicots étaient rassemblées devant un écran géant pour suivre la cérémonie, selon l'AFP qui a recueilli les impressions des habitants, dont beaucoup «n'arrivaient pas à croire que les Farc rendraient toutes leurs armes».

A. Ighil