14-08-2011

Point net

C'est le Ramadhan, personne n'a faim

A cause du ramadhan, Omar a presque oublié qu'il est en plein mois d'août. Il n'a jamais pu expliquer comment il est arrivé à intégrer ça, mais dans sa tête, c'est ou l'été ou le ramadhan. Même si, à longueur de journée, il n'arrête pas de dire qu'il fait chaud. Mais ça, c'est connu.

Pour expliquer sa petite forme, sa paresse ou son humeur exécrable, il faut bien s'accrocher à quelque chose. Pendant le ramadhan, il ne faut surtout pas avouer qu'on a faim. Seule la faim est honteuse. On est fatigué parce qu'on manque de sommeil.

On manque de sommeil parce qu'on se sent obligé de veiller jusqu'à des heures impossibles. On manque de café même si on n'en prend jamais en temps «normal» ou même après la rupture du jeûne. On a toujours soif, même si on n'a pas vraiment envie de boire. Et puis la reine de tous les manques : la cigarette. Personne ne vous reprochera d'en souffrir. Il est même de bon ton d'en afficher les ravages.

L'addiction, c'est l'addiction et ça revoit le mérite à la hausse de s'en priver du lever au coucher du soleil, le reste étant un jeu d'enfant. Il fait chaud pour tout le monde pour la bonne raison qu'on est au mois d'aout, mais Omar l'a oublié depuis le premier. C'est ramadhan et il fait chaud, c'est plus commode pour se plaindre sans s'attirer les foudres de qui que ce soit. Omar est chauffeur de taxi.

Certes il ne met jamais la clim quand il travaille pour économiser le carburant et ne pas offrir une «option» gratuite aux clients qu'il transporte, mais il ne «travaille» que sur le front de mer. Place des Martyrs-Bainem. Et sur cet itinéraire, une fois les vitres grandes ouvertes, la brise se charge de la fraîcheur.

Il a quand même  chaud, Omar. Dans la tête, ne cesse de lui dire un voisin boulanger qui sait ce qu'avoir chaud veut dire. «Pas seulement dans la tête. Aux pieds, à la poitrine, au dos, partout dans le corps», répondait invariablement Omar qui comprenait très bien le sens de la remarque mais jouait au plus fin en la prenant au premier degré.

Il lui arrivait d'avoir chaud pour de vrai, quand le soir venu, il affrontait sa chorba brulante dans une cuisine encore fumante d'avoir servi des heures durant à la préparation du repas.  Mais il ne s'en plaint jamais. La nuit, on ne parle ni du ramadhan, ni de l'été.

On mange. Et on attend demain pour dire qu'on a chaud. Pas parce qu'on est en août, mais parce qu'on est en plein ramadhan. Il ne faut surtout pas dire qu'on a faim. Même pas les pauvres. Ils ont leur couffin.

laouarisliman@gmail.com